5 JAN. 2018 L’illusion de la connaissance

Récapitulons rapidement les épisodes précédents : l’excès d’optimisme (#1), l’un des biais comportementaux les plus fréquents, est renforcé par d’autres biais comme l’illusion du contrôle (#2) et l’illusion de la connaissance (#3), celui qui nous occupe aujourd’hui. Elle se définit comme l’impression d’avoir plus d’informations que les autres pour mieux décider… C’est, à coup sûr, un avantage qui va jouer en notre faveur !

Cette tendance pousse à faire des choix que l’on croit plus éclairés alors même que le résultat reste aléatoire ou bien totalement indépendant de notre influence, hors de notre contrôle. De plus, face à l’incertitude, accumuler de l’information rassure même si cette information est totalement inutile.

Une des études de référence* s’intéresse à la capacité de fans de basketball à prévoir les résultats de matchs, en jouant sur la quantité des informations fournies. Cette idée, selon laquelle plus on possède d’informations et plus les décisions prises sont bonnes, est clairement remise en cause par les auteurs.

En règle générale, avec davantage d’informations, les personnes deviennent plus confiantes et accordent plus de poids à leurs décisions (ce qui peut conduire à prendre trop de risques) alors que, dans le même temps, la précision des prévisions tend à diminuer.

Dans leur étude, Hall, Ariss et Todorov montrent par exemple que le seul fait de communiquer le nom des équipes (et pas seulement des résultats statistiques anonymes) va engendrer des effets pervers. La prise en compte de cet élément d’information supplémentaire dégrade les prévisions des participants au lieu de les améliorer.

Considérons maintenant cette illusion de la connaissance dans le contexte d’un investisseur. Dans leur étude, Weber, Siebenmorgen, et Weber (2005)** ont démontré que lorsque que l’on présentait aux participants les noms des actifs financiers, ils les percevaient comme moins risqués et espéraient un meilleur rendement. En fait, les participants se sont sentis plus compétents en évaluant des actions portant des noms familiers. On y trouve aussi un « biais domestique » (allouant plus de poids aux actifs domestiques qu’aux actifs étrangers).

Ainsi, ces biais, dans tous ces cas de prévision de jeux de baskets aux choix d’allocation d’actifs, sont marqués par l’illusion de la connaissance.

Alors je suis désolée de vous l’apprendre, mais ce n’est pas parce votre voisin connait par cœur l’historique des courses hippiques que ses informations vous permettrons de gagner à chacun de vos paris : c’est surtout un facteur qui peut aggraver la dépendance au jeu et pousser les joueurs à miser plus… Ces phénomènes ont d’ailleurs été analysés dans le cas des malades souffrant d’addiction sévère aux jeux de hasard.

Maintenant que vous êtes sensibilisé à cette illusion, ne croyez pas que vous lui échapperez facilement… En effet, lutter contre ce biais est rendu difficile pour deux raisons. Premièrement, il est particulièrement compliqué d’accepter le fait que pour prendre une meilleure décision, on a parfois besoin d’avoir moins d’information. Deuxièmement, dans notre société actuelle, l’omniprésence d’Internet avec son flux continu d’informations fait qu’il est devenu très simple, rapide et peu coûteux d’accumuler des indications sur un sujet ou un autre.

Pour terminer et appuyer ce biais comportemental, il est tentant de rebondir sur la citation du physicien Stephen Hawking*** : « le pire ennemi de la connaissance n'est pas l'ignorance, mais l'illusion de la connaissance ».

Je vous laisse à votre réflexion…, pour mieux vous retrouver à l’occasion de notre #4 épisode qui sera consacré au biais de confirmation.

Article rédigé par Sandrine Vincelot-Guiet, Directeur Conseil et Sélection OPCVM VEGA IM

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* CC Hall, L Ariss, A Todorov (2007) " The illusion of knowledge : When more information reduces accuracy and increases confidence " – Elsevier.

** Weber, E. U., Siebenmorgen, N., & Weber, M. (2005). Communicating asset risk : how name recognition and the format of historic volatility information affect risk perception and investment decisions.Risk Analysis, 25, 597–609.

*** Stephen William Hawking est un physicien théoricien et cosmologiste britannique né en janvier 1942.

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