Notre blog … Wealth & Beyond
PERSPECTIVES MACRO ÉCONOMIQUES

Macro – Marchés / la géopolitique n’impressionne plus les marchés 

Au cours d’une opération militaire spectaculaire, les forces américaines ont investi le territoire vénézuélien afin de capturer le leader du régime Nicolás Maduro et le traduire en justice sur le sol américain. Au-delà de la résonance internationale et des spéculations quant aux conséquences géopolitiques, les marchés saluent la fin d’un régime brutal qui a conduit à l’effondrement économique du pays et relativisent les implications économiques alors que le Venezuela ne pèse quasiment rien dans la croissance globale.

  • Une opération spectaculaire aux conséquences incertaines. La principale question que soulèvent ces événements est relative à la suite du régime en place. Si le président américain a ouvertement plaidé pour une prise de contrôle, la vice-présidente du pays, Delcy Rodríguez, semble prendre la suite de Maduro et s’est exprimée en faveur d’une coopération avec les autorités américaines. Par ailleurs, Marco Rubio, Secrétaire d’État à la sécurité américaine, a exclu la mise en place d’un gouvernement et d’une présence américaine similaire à l’intervention en Irak en 2003. Le risque de voir le pays basculer dans le chaos est réel à court terme, compte tenu de l’état de délabrement significatif de la situation économique et sécuritaire. Par ailleurs, cela soulève, pour les marchés, la question des spéculations quant à la géopolitique et la réaction de la Russie et de la Chine, soutiens du régime Maduro. La réaction immédiate des marchés ne semble pas confirmer une inquiétude particulière. L’argument qu’une telle intervention, en dehors du droit international, conforterait la Russie et la Chine dans leurs velléités de prise de contrôle de l’Ukraine et de Taïwan est loin d’être évident. En effet, si la Russie n’est pas parvenue à ce jour à la prise de contrôle de l’Ukraine et au renversement du gouvernement, c’est parce qu’elle en a été incapable et non pas dans un souci de respect du droit international. De la même manière, cela n’augmente pas la probabilité ni n’invite les autorités chinoises à envahir Taïwan, la rhétorique chinoise à l’égard de leur voisin ne repose pas sur une volonté de respect des traités internationaux.
  • Le Vénézuéla de Maduro, un état profondément défaillant. La réaction modérée des marchés financiers s’explique par le poids négligeable que représente aujourd’hui le Venezuela dans l’économie mondiale (moins de 0,1 % du PIB mondial). Sous la gouvernance de Maduro, le PIB du pays a perdu 70 % de sa valeur du fait d’une gestion catastrophique. En raison de la dépression économique et de l’inflation hors de contrôle, le pays est aujourd’hui l’un des plus pauvres d’Amérique du Sud alors que plus de 8 millions de personnes ont fui la dictature et la pauvreté (plus de 80 % de la population du Venezuela vivrait dans la pauvreté). Le pays dispose pourtant de ressources considérables, avec les plus grandes réserves de pétrole du monde, avec 300 milliards de barils de réserves prouvées, devant l’Arabie Saoudite. Mais en raison d’une incapacité chronique à produire et à développer son industrie, la production a considérablement chuté en plus de souffrir des sanctions internationales et représente à peine 1 % de la production mondiale. 
  • Le pétrole vénézuélien sous contrôle américain. La transparence avec laquelle l’administration américaine a indiqué souhaiter prendre le contrôle des ressources pétrolières du pays repose essentiellement sur la série de nationalisations et d’expropriations des régimes successifs au cours des dernières décennies qui ont vu les entreprises pétrolières américaines opérant dans le pays se faire déposséder de leurs droits à l’exploitation sans compensation. Par ailleurs, déjà largement sous sanction, la production de pétrole vénézuélien semblait utilisée par la flotte illégale russe afin d’alimenter la Chine. Une situation jugée désormais inacceptable pour les États-Unis qui ont déclaré, par la voix de Marco Rubio, Secrétaire d’État à la Sécurité, ne plus tolérer de présence jugée hostile dans « l’hémisphère ouest ». À court terme, le risque de chaos pourrait perturber la production, mais les conséquences sont très modestes compte tenu de la faible part de la production mondiale. À l’inverse, la levée des sanctions et l’utilisation des stocks pourraient même contribuer à améliorer l’offre. À long terme, des estimations évoquent une nouvelle production de pétrole qui pourrait peser sur les prix entre 5 $ et 10 $ le baril, notamment si l’appareil productif rejoint ses capacités du début des années 2000 (autour de 3 M de barils/jour). Néanmoins, une telle hypothèse prendra du temps compte tenu de la nature des réserves (pétrole de schiste) et des difficultés de production qui vont nécessiter des investissements considérables. 
  • Les marchés peu impactés. De façon générale, il s’agit d’une bonne nouvelle pour les marchés, mais dont l’impact est assez peu significatif. La fin probable d’une dictature brutale qui a conduit à l’effondrement économique spectaculaire du Venezuela ouvre une possible transition. Certes, l’incertitude à court terme, ou les spéculations quant aux risques géopolitiques indirects soutiennent des primes de risques politiques ou des comportements d’aversion au risque (remontée du dollar, soutien à l’or), mais le faible poids du Venezuela, largement en dehors de l’économie mondiale depuis des années, ne prête pas à un choc d’aversion au risque. Au contraire, la perspective de prix du pétrole sous contrôle contribue à atténuer les craintes inflationnistes pour l’économie américaine. 

Sources des graphiques : LSEG Datastream Natixis Wealth Management  - 05/01/2026

Achevé de rédiger le 05/01/2026

Partager
Benoît Peloille Chief Investment Officer