PERSPECTIVES MACRO ÉCONOMIQUES
Analyse sectorielle quantitative : où se situent
Aujourd’hui nos convictions ?
Introduction du modèle quantitatif
Dans un environnement de marché marqué par des rotations sectorielles rapides, il nous paraît essentiel de compléter l’analyse fondamentale par des outils permettant une lecture plus systématique des opportunités d’investissement. C’est dans cette optique, nous avons développé un modèle quantitatif appliqué aux deux grands univers actions que sont le STOXX 600 en Europe et le S&P 500 aux États-Unis. Ce modèle a pour vocation d’objectiver notre analyse sectorielle en identifiant, de manière cohérente dans le temps, les segments de marché qui présentent les profils les plus attractifs. Il repose sur quatre dimensions complémentaires : la valorisation, appréhendée au travers de l’analyse des principaux multiples de marché, comparés à leur historique sur 15 ans au sein de chaque secteur ; la qualité, mesurée à partir d’indicateurs de rentabilité et de solidité financière tels que le ROE ou le ROA, replacés dans leur dynamique historique ; la dynamique bénéficiaire, évaluée via l’étude des perspectives de croissance des bénéfices par action, passées et attendues, relativement à leur marché de référence ; et enfin le sentiment de marché, apprécié au travers des révisions récentes des anticipations des analystes par rapport au benchmark.
L’agrégation de ces différents critères nous permet d’établir une note pour chaque dimension. La moyenne pondérée de ces notes nous renvoie une note finale, permettant de mettre en place un classement sectoriel et d’identifier les principales dynamiques de marché, notamment les facteurs Value, Growth et Momentum. Ce cadre quantitatif ne se substitue pas à notre analyse de conviction ; il l’enrichit, en servant de point d’appui à notre sélection de titres et à la construction de nos portefeuilles.

Enseignements du modèle
Les résultats du modèle confirment d’abord la prééminence persistante des secteurs de la technologie et des semi-conducteurs, qui demeurent au coeur du cycle d’investissement lié à l’intelligence artificielle. Ces secteurs bénéficient d’un positionnement stratégique sur l’ensemble de la chaîne de valeur : infrastructures, composants, puissance de calcul, mémoire, diffusion des usages et développement applicatif. Au-delà de leur forte progression boursière récente, nous considérons que le potentiel de transformation économique associé à l’intelligence artificielle reste encore largement en phase d’émergence. Les gains de productivité attendus, tant au niveau des entreprises que de l’économie au sens large, devraient continuer à soutenir les acteurs capables de proposer des solutions différenciantes, durables et à forte valeur ajoutée. Le segment des semi-conducteurs mérite toutefois une lecture plus nuancée. Les niveaux de valorisation y sont incontestablement élevés, mais ils s’accompagnent de perspectives bénéficiaires particulièrement robustes. Dans un contexte où les tensions géopolitiques, les restrictions commerciales et la concentration de la demande renforcent les barrières à l’entrée, plusieurs acteurs clés du secteur disposent d’un réel pouvoir de fixation des prix, favorable au maintien de marges élevées. La discipline de sélection demeure néanmoins essentielle, notamment face à l’intensification progressive de la concurrence internationale. Le secteur de l’énergie a, quant à lui, été soutenu par la volatilité des prix du pétrole provoquée par les tensions récentes au Moyen-Orient. Si cette configuration a temporairement renforcé les résultats du secteur, nous abordons désormais cette thématique avec davantage de prudence.
Dans l’hypothèse d’une accalmie géopolitique et d’une normalisation progressive des prix de l’énergie, la dynamique de marges pourrait devenir moins favorable au second semestre 2026. Nous maintenons également une approche prudente sur le secteur immobilier, en particulier aux États- Unis. Si certains segments ont récemment montré des signes de stabilisation, l’environnement reste contraint par des taux de financement élevés et par une politique monétaire toujours restrictive. Dans ce contexte, la sélectivité reste déterminante. À l’inverse, le secteur fi nancier continue de présenter des caractéristiques attractives, en particulier en Europe. Les banques y affichent des fondamentaux solides, une qualité bénéficiaire satisfaisante et des rendements de dividendes toujours soutenants. Si les niveaux de valorisation sont aujourd’hui moins décotés qu’auparavant, le secteur conserve un profil défensif intéressant dans un environnement encore incertain. Pour les investisseurs disposés à accepter davantage de risque, certaines valeurs des services fi nanciers offrent également des perspectives de croissance qui méritent l’attention.
Rotation sectorielle : où se situent nos préférences ?
Notre scénario central repose sur l’idée que la diffusion progressive de l’intelligence artificielle dans l’économie, combinée à une normalisation des coûts énergétiques, devrait soutenir une amélioration graduelle de la productivité des entreprises, tant en Europe qu’aux États-Unis. Cette dynamique reste toutefois encadrée par un environnement macroéconomique où les pressions inflationnistes demeurent présentes et continuent de peser sur la demande. Dans ce cadre, nous portons une attention croissante au secteur de la consommation discrétionnaire, qui nous semble bien placé pour bénéficier de cette nouvelle phase. Aux États-Unis, les valorisations restent cohérentes au regard du potentiel de progression des bénéfices attendu sur les prochains trimestres. En Europe, si certains segments (notamment le Retail) apparaissent plus exigeants en valorisation, la qualité opérationnelle et les perspectives de croissance de plusieurs acteurs nous conduisent à y identifier des opportunités de manière sélective. Nous conservons également une vue constructive sur le secteur industriel, dont les perspectives nous paraissent structurellement renforcées par l’essor de l’automatisation, de la robotisation et de l’électrification. L’intelligence artificielle devrait y améliorer l’efficacité des processus de conception, accélérer le rythme d’innovation et renforcer les gains de productivité dans les chaînes de production.
Dans cet univers, nous privilégions les entreprises capables de combiner vision industrielle, exposition à des tendances de long terme et discipline opérationnelle, notamment dans les domaines des infrastructures électriques, des équipements technologiques, de l’automatisation et de la défense. En somme, notre stratégie consiste à nous positionner sur les grandes tendances structurelles liées à l’intelligence artificielle, notamment les semi-conducteurs, les infrastructures, l’industrie et les technologies, tout en maintenant une diversification ciblée sur des secteurs plus défensifs tels que la santé, la consommation discrétionnaire et la finance. Cette approche vise à capter le potentiel de croissance de l’IA tout en préservant un profil de risque équilibré et résilient.