La thèse d’investissement de la tech en question

La perception du secteur des technologies a largement évolué au cours des années. Autrefois cyclique, considéré comme largement volatil, il est devenu au fil du temps un investissement de grande qualité, offrant une forte visibilité sur les profits au même titre que des secteurs considérés plus traditionnellement comme défensifs. La génération de profits exceptionnels des dernières années a bien confirmé ce nouveau statut et parfaitement justifié les niveaux de multiples élevés. Mais les fondements de ce statut « qualité » apparaissent moins évidents après l’engouement récent autour de l’intelligence artificielle et la vague d’investissements considérables que nous connaissons.
L’argument de la génération de profits est d’ailleurs moins clair dans la mesure où le rallye récent n’a pas seulement récompensé les fondamentaux, mais a surtout été soutenu par un appétit pour le risque débridé. Aux côtés des « Magnificent 7 », qui continuent de briller, les valeurs technologiques non rentables ont fortement surperformé. Ce phénomène rappelle la bulle technologique post-Covid, caractérisée par un rallye haussier autour de valeurs considérées comme de moindre qualité.
Plus fondamentalement, la visibilité sur la génération de profits nous semble moins évidente compte tenu des investissements réalisés ces dernières années. Des études estiment à 2000 Md$1 le chiffre d’affaires annuel nécessaire d’ici 2030 pour assurer la rentabilité des investissements réalisés. Alors que des montants considérables sont également attendus ces prochaines années, l’argument de la visibilité sur la génération de profits nous semble moins solide. Le risque de déception apparaît plus important.
Par ailleurs, habituellement considérées comme un secteur « asset light », qui concentre essentiellement de la recherche, de l’innovation, de la propriété intellectuelle, les valeurs de technologie ont augmenté l’intensité capitalistique en investissant largement dans du capital physique tel que les data centers. La course à la puissance de calcul contribue à changer le profil du secteur, avec un impact à l’avenir bien concret en termes d’amortissement des actifs. Par ailleurs, le décalage entre les annonces d’investissement et le déploiement des capitaux risque de se heurter aux contraintes industrielles plus courantes entre l’approvisionnement en énergie, la mise en fonctionnement ou la disponibilité de maind’oeuvre qualifiée.

Enfin, l’un des piliers de la dimension qualité de la technologie réside dans la capacité d’autofinancement du secteur, dont la part de cash importante était le moteur. Là encore, il s’agit d’un critère de solidité et de qualité lui aussi questionné, avec la multiplication des levées de dette sur les marchés publics ou privés. On estime à environ 200 Md$ la dette levée en 2025, probablement davantage en prenant en considération les financements levés sur les marchés privés. Certains acteurs font l’objet de ce point de vue d’une forme de défiance de la part des marchés, à l’image d’Oracle, dont le CDS (Credit Default Swap) rejoint les plus hauts de la crise financière de 2008.
1$2 trillion in new revenue needed to fund AI’s scaling trend – Bain &Company’s 6th annual GlobalTechnology Report
Sources : LSEG Datastream / Natixis Wealth Management