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PERSPECTIVES MACRO ÉCONOMIQUES

Marché conclu… ou presque

MARCHÉ CONCLU… OU PRESQUE Les tensions géopolitiques en Iran ne constituent plus un risque de retournement majeur pour les marchés, mais plutôt une source de volatilité régulière, largement intégrée par les investisseurs. Aux États-Unis, la persistance de l’inflation et le durcissement du discours de la Réserve fédérale constituent une menace plus importante pour la valorisation des actifs risqués, qui ont largement bénéficié jusqu’ici de conditions de liquidité favorables, soutenues par des anticipations de baisse des taux. Benoît Peloille Chief Investment Officer Natixis Wealth Management

Un accord encore à construire

Une nouvelle fois présenté comme une avancée majeure et une victoire pour chacune des parties, l’accord entre les États-Unis et l’Iran demeure en cours de négociation. L’accord-cadre actuellement en vigueur ouvre une période de 60 jours de discussions afin d’aboutir à un accord de paix définitif. Accueilli avec enthousiasme par les marchés et à l’origine d’une correction bienvenue des prix du pétrole, cet accord prévoit le maintien du cessez le feu, la suspension des opérations israéliennes au Liban, la réouverture du trafic dans le détroit d’Ormuz, la levée du blocus américain sur les exportations de pétrole iranien ainsi que la reprise des discussions sur le nucléaire iranien. Au-delà du soulagement suscité par la reprise des exportations de pétrole, ces discussions pourraient constituer une source durable de volatilité pour les marchés. En effet, chacune des parties a confirmé les limites de son action, et la reprise d’opérations militaires d’ampleur semble exclue en raison du coût économique exorbitant, explicitement mentionné par le président américain. Néanmoins, il paraît prématuré de considérer qu’un accord définitif pourra être trouvé et signé rapidement, compte tenu des points encore en discussion. Parmi les principaux facteurs de volatilité pour les marchés, le régime de gouvernance du détroit d’Ormuz sera déterminant, au regard de ses implications pour la croissance mondiale.

À ce titre, le trafic a repris et les marchés pétroliers se détendent, le prix du pétrole rejoignant progressivement des niveaux proches de ceux d’avant le conflit, plus raisonnable pour le cycle mondial. Les autres points de discussion, sans être directement déterminants pour la trajectoire des marchés, pourraient néanmoins affecter le sentiment des investisseurs, en particulier les négociations autour des sanctions, du fonds de reconstruction et, surtout, des engagements iraniens en matière nucléaire. À cet égard, il convient de rappeler que l’accord précédent, obtenu sous l’administration Obama, avait nécessité deux années de discussions avant d’être signé. À ce stade, les volumes du trafic dans le détroit d’Ormuz restent modestes, avec environ 20 millions de barils par jour contre une moyenne autour de 80 millions avant le conflit, mais suffi sent à rassurer les marchés qui tablent sur un retour à la normale au cours des prochains mois. Au final, même si les marchés ont rapidement renoué avec leur trajectoire haussière, ils auront tout de même valorisé un scénario proche de notre scénario adverse, soit un baril autour de 90 $ en moyenne en 2026 impliquant un impact négatif, sans être dramatique, pour la croissance mondiale.

« Les marchés ont rapidement renoué avec leur trajectoire haussière »

Toutefois, depuis le début du conflit, ce sont surtout les conséquences inflationnistes qui nous paraissent les plus importantes pour le scénario de marché. Si l’impact sur la croissance peut rester contenu dans l’hypothèse d’un retour rapide du prix du pétrole à ses niveaux d’avant le conflit, les pressions inflationnistes viennent s’ajouter à des tensions déjà existantes et pourraient contraindre la Réserve fédérale américaine à durcir son discours. La transmission L’année 2026 marque un tournant pour les marchés avec la fin des biais accommodants de la part des grandes banques centrales des économies développées. Après des ajustements progressifs, la plupart des banques centrales ont mis un terme à leur tonalité accommodante pour faire face à la persistance des pressions inflationnistes et en réaction au conflit en Iran. Largement critiquées Soupçonné d’une possible collusion politique avec l’administration Trump, le nouveau gouverneur a réaffirmé avec insistance le mandat de la banque centrale et l’objectif de 2 % d’inflation. Le comité de politique monétaire a, pour l’instant, laissé ses taux inchangés, mais le message délivré s’est montré nettement moins accommodant. Sans ambiguïté, Kevin Warsh a rappelé l’attachement à l’objectif d’inflation de 2 %, critiquant au passage l’incapacité à le respecter au cours des dernières années. Au-delà de Kevin Warsh, c’est la majorité du comité de politique monétaire qui met fin au biais accommodant, avec des prévisions d’inflation largement revues à la hausse pour 2026 (3,3 % pour l’inflation hors matières premières) et désormais 9 membres qui anticipent au moins une hausse de taux cette année (dont 6 qui en prévoient plusieurs), tandis que de la hausse du pétrole consécutive au conflit s’est logiquement reflétée dans les mesures de l’inflation américaine, qui avoisine désormais 4 % en glissement annuel. Plus préoccupant encore, l’inflation sous-jacente, hors effets des matières premières, s’éloigne désormais sensiblement de l’objectif de la Réserve fédérale et se rapproche de la borne haute de tolérance, autour de 3 %.

La possibilité d’une poussée inflationniste transitoire pour leur action tardive face au choc inflationniste post-pandémie, ces institutions se trouvent aujourd’hui dans une position de défense de leur crédibilité, alors que l’inflation a mis bien plus de temps que prévu à revenir vers leur objectif. Précurseur en novembre 2025, la Banque du Japon a depuis été rejointe par la Banque centrale australienne et la Banque Centrale Européenne. De son côté, la Réserve Fédérale américaine, 8 membres s’attendent à des taux stables. Un seul membre, désormais, anticipe une baisse des taux. Le message a été parfaitement reçu par les marchés qui anticipent désormais une hausse de 25 points de base des taux de la Fed d’ici la fin de l’année. Nos économistes, à l’image du consensus, ont repoussé en 2027 les baisses de taux attendues. Cette posture restrictive semble porter ses fruits pour la crédibilité de la Réserve Fédérale puisque les anticipations d’inflation à long terme, mesurées au travers des points morts d’inflation, reviennent vers leur moyenne. L’aplatissement des courbes de taux confirme également ce retour à une forme d’orthodoxie face aux pressions inflationnistes, même si cela se fait au prix d’un ajustement des anticipations de croissance. Liée à la diffusion temporaire des tensions sur les prix pétroliers ne peut être exclue ; néanmoins, des pressions apparaissent désormais dans des segments qui ne sont pas censés être directement affectés par les matières premières. Depuis deux mois, la principale contribution à l’inflation américaine provient ainsi de l’accélération des services, si bien que l’ensemble des mesures de dynamique des prix, retraitées des composantes volatiles, s’orientent désormais au-delà de 3 %.

« La Réserve fédérale pourrait durcir son discours »

Alors qu’en zone euro, la BCE a d’ores et déjà relevé ses taux de 25 points de base, bien que les pressions sur les prix restent largement cantonnées aux effets des matières premières, il paraît difficile pour la Fed de demeurer sans réaction face à un risque inflationniste plus avéré. C’est d’ailleurs ce qu’anticipent les marchés, qui n’attendent plus la moindre baisse de taux en 2026, mais envisagent désormais plutôt une hausse de 25 points de base d’ici à la fin de l’année.

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Benoît Peloille

Chief Investment Officer